Cinéma

Gauguin de Edouard Deluc - Date de sortie : 20 septembre 2017

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Ce nouveau long-métrage d'Édouard Deluc, Gauguin - Voyage de Tahiti, est inspiré librement de Noa Noa, le carnet de voyage illustré du peintre. Il l'avait écrit lors de son séjour à Tahiti entre 1891 et 1893. Vincent Cassel (César du meilleur acteur en 2008) y incarne avec brio le peintre maudit

Octobre 2017

La matrice du film est un objet littéraire découvert lors de mes études aux Beaux Arts. Ce texte ne m'a pas quitté. En écrivant « Noa Noa », Gauguin revisite déjà les faits et construit sa propre légende. J'avais un désir de film avec cette image de peintre maudit qui accomplit son destin à Tahiti, résume le réalisateur.

Paul Gauguin ruiné s'exile à Tahiti en 1891, abandonnant femme et enfants. Il veut trouver sa peinture, en homme libre, loin des codes moraux, politiques et esthétiques de l'Europe civilisée. Il va ainsi s'enfoncer dans la jungle en sauvage, braver la solitude et la maladie. Tu n'as fait ici que ton devoir. Tu es un sauvage et toi, tu as décidé de t'en souvenir... contre toute morale, lui avait dit un de ses amis artistes avant son départ pour Tahiti.

Il y rencontre aussi Tehura (Tuheï Adams), une jeune Polynésienne, qui deviendra sa compagne et le sujet de ses plus grandes toiles. Obsédé par les détails, il inflige à son modèle des heures et des heures de pose... Gauguin sacrifie sa famille, sa santé (il est cardiaque et diabétique), sa carrière sur l'autel de son art. N'écrit-il pas d'ailleurs à sa femme : Ceux qui me font des reproches ne savent pas ce qu'il y a dans une nature d'artiste... Je vais te prouver que je suis un grand artiste... Nos enfants pourront se présenter avec le nom de leur père comme protection et honneur.

Gauguin se consume mais va au bout de ses désirs sans trop se préoccuper des autres. Il est antipathique, veule, égocentrique et, en même temps, il a cette capacité fascinante à croire en lui en partant au bout du monde, résume avec justesse Vincent Cassel.

Ce portrait sombre et mélancolique du peintre trouve des échos dans ces paysages sublimes que nous offre Édouard Deluc : Je n'ai pas retenu les couleurs vives de Tahiti, celles qui transparaissent dans ses tableaux. J'ai retenu la couleur que je voulais donner au personnage, souligne le réalisateur. 

Du sable noir, des cieux pluvieux, loin des clichés. Je n'ai pas inventé ces paysages, ce sont ceux de Tahiti, assure-t-il.

Ce drame séduit aussi par la beauté de ces brefs moments où le propos et la forme se confondent, où le peintre et sa muse communient avec les sens, l'art et la nature. Des images intimistes en clair-obscur traduisent la profondeur des sentiments qui animent Gauguin. N'avouera-t-il pas à son médecin : Je ne me suis jamais senti aussi aiguisé.

Néanmoins, le peintre repartira de Tahiti, toujours à la dérive, incapable d'aimer et de regarder les autres en dehors de ses coups de pinceaux, perdu dans ses obsessions, face à une liberté chimérique qu'il ne peut atteindre. On sait que Gauguin s'éteindra, seul et dans le plus grand dénuement, aux îles Marquises, en 1903, dix ans après ce premier voyage à Tahiti.

 

© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes

 

 

 

 

 

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