Littérature

Médicis, tome 1: Cosme l'Ancien, De la boue au marbre

L'histoire ne cesse de nourrir la littérature et la bande dessinée. Fidèle à l'idée qui voudrait que la réalité, souvent, dépasse la fiction, la rencontre de ces deux domaines donne souvent des fruits fertiles. Une fois encore, c'est une figure de l'histoire de l'Italie qui inspire le 9ème art. Ce n'est pas la première fois : Gilles Chaillet, le papa de la série Vasco, a bâti une œuvreautour de son héros siennois. Avec Olivier Péru et Giovanni Lorusso, c'est reparti pour un retour au XVème siècle, ce Quattrocento italien qui marque le début de la Renaissance.

Scénario : Olivier Péru Dessin : Giovanni Lorusso - Paru en mars 2017, édition Soleil

Un peu d'histoire

Un peu moins connu que son successeur, Laurent, dit le Magnifique, Cosme est non pas le fondateur de la dynastie mais celui qui saura lui donner un lustre (1) qu'elle ne détenait pas avant lui. Avec Cosme, les Médicis, clan de banquiers, vont s'impliquer toujours plus avant dans la politique de Florence, au point d'en prendre les rênes. Nous ne retracerons pas ici l'histoire tumultueuse des Médicis, lignée tantôt respectée, tantôt aimée, tantôt détestée, parfois bannie de sa propre ville. Bornons-nous à dire que la famille Médicis a été une pièce maîtresse de Florence.

Le héros

 Peru et Lorusso nous invitent à un retour "aux sources", afin de mieux savoir qui était le personnage qui a donné à la famille Médicis son visage Medicis 2.jpg de maîtres de la capitale poltique et culturelle de la Toscane. Sans conteste, Cosme est un ambitieux, un opportuniste, même. En bref, il n'a rien de la figure du héros idéal, romantique, prêt à se sacrifier pour sa cause, à l'image du Lorenzaccio de Musset (lecture romantique d'un épisode de l'histoire florentine). C'est justement parce qu'il est fait d'une autre étoffe que Cosme pourra réaliser de grands projets, notamment en matière d'architecture, puisque c'est sous son impulsion -en simplifiant un peu- que le fameux Dôme de Florence sera enfin achevé par Brunelleschi. Aucune originalité là-dedans, l'argent est et reste le nerf de la guerre. Les mauvaises langues disent parfois que Laurent le Magnifique, successeur de Cosme, s'est contenté de dépenser le reste de la fortune que Cosme avait commencé  à investir -c'est en partie vrai et très limitatif.

Le pouvoir ne se partage pas...

Nous suivons donc l'ascension de Cosme de Médicis qui va se transformer en véritable potentat jusqu'à éclipser son rival, Rinaldo degli Albizzi. Cosme va connaître des difficultés, des revers, éliminer peu à peu ses concurrents et prendre l'ascendant sur les autres puissantes familles de Florence dans une course au pouvoir qui a des airs de Game of thrones : exils, vengeances, assassinats...

  Nous sommes  également dans le cadre classique du "récit de formation", dans lequel le protagoniste passe peu à peu de la chaleur de la jeunesse au calcul cynique du politicien roué (2).  Bien entendu, le format classique des 48 pages implique des raccourcis propre à ce média qu'est la bande dessinée. Cependant, l'ensemble est réussi et on ne tombe jamais dans la caricature, ni en ce qui concerne le dessin (une Florence de carte postale) ni en ce qui concerne le scénario (le héros ne se transforme pas du jour au lendemain, les ellipses temporelles sont intelligemment exploitées).  Par ailleurs, jamais la portée "pédagogique" ne prend le pas sur le plaisir de raconter une histoire. Le récit ne se limite pas une illustration de cours d'histoire, il s'agit d'un intrigue qui se tient, pleine et entière.

On sent le scénariste bien documenté : il cite même, en dédicace, le grand historien Jacques Heers (dont on entend trop peu parler dans les médias qui entendent parler de culture et d'histoire). Aussi, quelques "dessous des cartes" de la politique florentine du XVème siècle sont dévoilés, mais restent en-dessous de la réalité. Par exemple, le système de tirage au sort (3) qui devait déterminer quelle famille tiendrait les rênes de Florence était bien plus retors et corrompu que l'album ne le laisse entendre...

Le  trait de Giovanni Larusso, fin, réaliste et dynamique, nous entraîne immédiatement à la fois dans l'intrigue et dans l'atmosphère de la Florence de l'époque. On ressort ravi, charmé par le plaisir de la lecture et de la découverte.

 

© Olivier Dalmasso - Centre International d'Antibes

(1) lustre : prestige

(2) roué : sans scrupule, malhonnête

(3) Pour savoir à quel point ce "tirage au sort" n'avait de tirage au sort que le nom, les curieux iront jeter un oeil au  Clan des Médicis, de Jacques Heers.

 

 

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