Cinéma

Edmond d'Alexis Michalik sorti le 9 janvier 2019

Le cinéma français ne pouvait pas mieux commencer 2019 ! Pour un coup d’essai, le jeune cinéaste Alexis Michalik a réalisé un coup de maître. Edmond, son tout premier long métrage consacré à la genèse de la célébrissime pièce de théâtre, Cyrano de Bergerac, est une totale réussite. Tout en rythme et en rebondissements, le processus de création de l’œuvre la plus célèbre du théâtre français, devient une aventure personnelle et collective palpitante. Le film de Michalik est un magistral hommage à Edmond Rostand, à la langue française, au théâtre, et à l’effervescence de ce Paris lointain, celui de la fin des années 1890.

Edmond - Date de sortie : le 9 janvier 2019
Janvier 2019

Nous sommes en 1897, trois ans avant le nouveau millénaire, Paris est porté par un souffle de modernité. Le Baron Haussmann l’a déjà métamorphosé.  D’autres architectes et ingénieurs  poursuivent sa transformation. La Tour Eiffel, prouesse technique et industrielle, domine la capitale depuis moins de 10 ans. La nouvelle ère tournée vers l’avenir, a été célébrée par les Expositions universelles de 1867, 1878 et 1889. Le progrès  transforme la vie des Parisiens. Le système des égouts d’Eugène Belgrand est achevé depuis 3 ans. Deux ans auparavant, les Frères Lumière ont réussi l’exploit de capter des images de gens en mouvement, pour les restituer sur un écran, à un public médusé. De drôles d’engins à moteurs circulent sur les pavés et donneront bientôt lieu à L’Exposition internationale automobile de 1898.  Rien ne semble arrêter le progrès, la science semble avoir réponse à tout. En 1885, le grand scientifique Louis Pasteur en a une nouvelle fois apporté la preuve…

C’est dans ce contexte bouillonnant, totalement acquis à la modernité qu’un jeune écrivain inconnu, dramaturge de 28 ans,  appelé Edmond Rostand (Thomas Solivérès à l'écran, admirable) s’obstine à aller à contre-courant en perpétuant un univers manifestement révolu. En 1897, il n’a connu que des échecs et pour cause : ses pièces écrites en alexandrins n’intéressent plus personne. Criblé de dettes, père de deux jeunes enfants, il est aux abois. Il se doit d’écrire la pièce qui changera tout. Malgré les mises en garde, il ne compte pas déroger à la règle, sa nouvelle pièce sera une fois encore en vers. Le tout est de convaincre le grand acteur Constant Coquelin (Olivier Gourmet à l'écran, remarquable) d’accepter d'endosser le rôle principal qu’il compte lui écrire sur mesure... Pour le moment, Edmond Rostand n'a ni l'intrigue, ni même le nom de cette fameuse pièce.

A partir de là, le spectateur se délectera en assistant au combat d'Edmond pour mener à bien son entreprise. Le réalisateur Alexis Michalik nous embarque dans un film virevoltant, vivifiant, extrêmement drôle, où fiction et réalité s'entre-mêlent. Le suspens est là, dès les premiers instants où surgit de l’imaginaire d’Edmond Rostand, et du fin fond du XVIIè siècle, Cyrano de Bergerac à qui il commence à donner forme et vie. Alexis Michalik nous tient en haleine  car  c’est à force de prouesses créatives, et mu par  l’énergie du désespoir, qu'Edmond Rostand, jeune intellectuel par nature angoissé, plutôt réservé et solitaire, pressé de toutes parts par ses créanciers, mènera à bien le projet et l’œuvre d’une vie.

Mais l’aventure de création de Cyrano n’est pas qu’individuelle. Elle est aussi celle du couple qu’Edmond forme avec Rosemonde Gérard (Alice de Lencquesaing à l'écran), son indéfectible soutien. Une aventure qui n’aurait pas eu lieu sans les situations et les rencontres fortuites dont Edmond Rostand nourrit son talent, car la naissance de Cyrano de Bergerac est semée de surprises et -c'est le cas de le dire - de coups de théâtre. Autant d'opportunités souvent rocambolesques dont le jeune dramaturge sait se saisir pour stimuler son énergie et son inspiration. Le hasard fait bien les choses, retenons, à ce titre, parmi ses rencontres, celle du très beau personnage d'Honoré (Jean-Michel Martial à l'écran), le tenancier humaniste et philosophe du bar qui devient dès lors, son principal lieu de création et où il puisera un précieux soutien. Il faut signaler surtout, celui de Jeanne D'Alcie (Lucie Boujenah à l'écran). La jeune costumière enflammera son cœur. Edmond Rostand lui vouera un amour platonique. Celui-là même qui l'inspirera et qu'il saura transposer dans sa pièce. Il habitera et définira la relation entre Cyrano et Roxane.

Enfin, l'entreprise d'Edmond Rostand nous emporte, car l’aventure devient collective, exaltante, lorsque, les uns après les autres, en commençant par Constant Coquelin, ils seront de plus en plus nombreux à accepter de relever, contre vents et marées, l’immense défi  de m Edmond théâtre.jpg ener Cyrano de Bergerac jusqu’à sa première représentation.

Edmond est un film qui fait du bien car il regorge de rythme mais surtout d'énergie positive. Alexis Michalik aura vraiment réussi son pari.
Car c'est après avoir été captivé par le film  Shakespeare in Love, qu'Alexis Michalik s'est lancé dans la création de l'oeuvre consacrée à Edmond Rostand. En attendant d'avoir les moyens financiers indispensables pour la faire vivre au cinéma, il l'a portée, dans un premier temps, au théâtre où elle a obtenu un triomphe et a remporté en 2017, cinq Molières (l'équivalent des Césars pour le théâtre).

Des planches à l'écran, Edmond d'Alexis Michalik est donc, à l'image de Cyrano de Bergerac, une oeuvre qui sied merveilleusement au théâtre comme au cinéma.

 

© Alexandre Garcia - Centre International d'Antibes 

 

 

 

 

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